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Histoire des deux derniers presbytères de Villedieu-le-Château (suite)

La période révolutionnaire : Le presbytère en sursis

Article créé le 07/04/2020

2.1  Une demeure embellie à la veille de la révolution  (1759-1789)

En janvier 1759, l’abbé René Combis, originaire de Courdemanche (Sarthe), signait pour la première fois les registres paroissiaux en qualité de curé[1]. Il s’installa dans la demeure de ses prédécesseurs mais  la trouvant « dans un fort mauvais état », il décida de la restaurer. Il « fit sculpter  les deux cheminées de pierre et leurs trumeaux Louis XV »[2]. En outre il acheta à titre de propriété personnelle,  en deux fois - 1759 et 1761 - un jardin (voir croquis cadastral parcelles 146 et 147) situé en prolongement de la cure le long du chemin qui mène à Saint Laurent. Sur ce terrain nouvellement acquis, il fit « construire une boulangerie, une grange et deux écuries et ces bâtiments prenaient le nom de basse-cour du presbytère »[3] Lors des troubles révolutionnaires, cette acquisition se révèlera pour lui  d’un précieux secours.

L’abbé Combis était le seul prêtre occupant le presbytère. Il avait à son service une servante, « dame Renée  Vannier », également originaire de Courdemanche. Quant au vicaire de l’époque, l’abbé Louis Cointereau originaire de Malicorne, qui signa pour la première fois  les registres paroissiaux en octobre 1783[4], le conseil de la Fabrique (= conseil paroissial) de Villedieu lui avait trouvé un logement chez un particulier, notaire de profession :

« Il débuta dans cette commune en qualité de vicaire en 1784 : il prit une seule chambre chez mon père [5]qu’il crut suffisante pour satisfaire ses goûts si modestes. Il habita cette chambre avec le mesquin mobilier qui y était placé jusqu’aux malheurs de la première révolution qui le forcèrent à la retraite et à la captivité. »[6]

2.2. Une histoire agitée pendant la Révolution

   A partir de 1790 le presbytère vécut au rythme des évènements révolutionnaires :

  1. 1790-1791 : le presbytère menacé mais sauvé

La Constitution civile du clergé de 1790, dans son article 20, supprimait de nombreux titres et dignités religieuses dont les chapellenies. A ce titre,  « la ci devant chapelle Saint Laurent »  et la maison qui y était  attachée et qui faisait office de presbytère étaient devenues « biens nationaux » et devaient être vendues. Les autorités religieuses et administratives de la commune firent appel auprès du Directoire de Vendôme arguant du fait que le presbytère était rattaché à l’église paroissiale depuis 1630 et ne rentrait pas dans la catégorie « bien national ». Ils obtinrent satisfaction le 4 mars 1791[7] : la dénomination « maison du chapelain » disparaissait  en même temps que la fonction de chapelain, et la maison où résidait le curé n’était plus que le  « presbytère » de la paroisse Saint Jean Baptiste. Mais les luttes antireligieuses de la Terreur allaient remettre en question l’existence même du presbytère.

  1. 1794 : le presbytère abandonné

L’abbé Combis et son vicaire qui avaient prêté le serment  constitutionnel  en 1791 étaient en bons termes avec l’Abbé Grégoire, évêque constitutionnel de Blois.  On peut lire dans le registre paroissial de janvier 1792[8] qu’ils lui demandèrent une dispense de parenté pour la célébration d’un mariage et que, deux mois plus tard, ils l’accueillirent  dans leur église pour donner le sacrement de la confirmation aux enfants de Villedieu et des paroisses voisines. Mais au début de l’année 1794, sans doute en mars, les lois de la Terreur obligèrent le curé Combis à quitter son presbytère qui rentrait dans les nouveaux  biens nationaux à vendre. Il n’eut qu’un pas à faire pour s’installer dans les bâtiments de la propriété voisine (parcelles 146 et 147)  qu’il avait  aménagés en vue de se retirer.  La lutte antireligieuse se durcissant, les deux prêtres furent  conduits à la fin du mois de mars à la prison de Vendôme où ils restèrent une dizaine de jours[9]. Libérés après avoir prêté le serment  « de maintenir la liberté et l’égalité et de renoncer pour jamais au fanatisme » et remis leurs lettres de prêtrise[10], ils revinrent à Villedieu : René Combis retrouva  sa propriété, et Louis Cointereau se cacha chez ses paroissiens pour continuer son ministère estimant que sa remise des lettres d’ordination et de nomination ne changeait en rien son état de prêtre[11]. Quant à l’église, elle était  désormais dédiée au culte de la Raison.

Avec la chute de Robespierre le 10 thermidor an II (28 juillet 1794) l’Eglise reprit espoir d’un retour à la paix religieuse.  L’Abbé Grégoire demandait  à la fin de 1794 la liberté du culte. Les deux prêtres de Villedieu crurent à la reprise de l’activité religieuse dans le cadre de l’ancien diocèse du Mans qui incluait une partie du Bas Vendômois et ils se rétractèrent donc au Mans de leur serment de 1791 pour être réhabilités dans l’église romaine : le 30 janvier 1795 pour l’abbé Cointereau et le 2 avril pour René Combis[12]. L’accalmie fut de courte durée et ne permit pas le retour au presbytère du curé. Les prêtres constitutionnels, qu’ils fussent  « réconciliés » ou non, suscitaient la méfiance des  réfractaires intransigeants et subissaient les violences des fanatiques antireligieux et des chouans : « dans le mois de mars 1796, quatre curés constitutionnels furent tués dans la seule région de la Chartre sur le Loir ».[13]

A cause de son âge et du soutien des habitants de la commune, le « citoyen curé » Combis se sentait moins menacé. En 1796  il fit construire  une belle maison[14] dans sa propriété (voir croquis, note X) qu’il occupait depuis deux ans : maison qui deviendra plus d’un siècle plus tard le presbytère de la paroisse. Elle  est ainsi décrite dans un acte notarié de 1799 :

« à savoir un corps de bâtiment composé de deux chambres à feu, deux cabinets corridor au milieu des dites deux chambres Grenier  et combles dessus escalier en bois pour monter dans le dit grenier  cave voutée sous l’une des deux chambres  le dit bâtiment couvert en tuile et ardoise. »[15]

 

 L’apaisement politique et religieux fut de courte durée. Le coup d’état du 18 fructidor an V - 4 septembre 1797 - entraina de nouvelles  persécutions contre le clergé. Convoqués devant la municipalité, les deux prêtres de Villedieu refusèrent de prêter le  « serment de haine à la royauté et à l’anarchie »[16]. L’abbé Combis renonça à ses fonctions religieuses et l’abbé Cointereau se cacha pour éviter d’être arrêté. La municipalité de Villedieu  accorda au « citoyen » Combis en 1798 un certificat attestant de sa présence ancienne et continue dans la paroisse : il fut  alors rayé définitivement de la liste des émigrés[17] et put continuer à vivre dans sa maison de Villedieu. Il y resta jusqu’à sa mort le 15 messidor an VII (3 juillet 1799) à l’âge de 78 ans, non sans avoir, deux mois auparavant, vendu en viager sa propriété au citoyen Jean Boullay, « officier de santé » demeurant au bourg de Villedieu.

  1. Consulat : le presbytère retrouvé

Le calme revint progressivement au cours de l’année 1799. Le 28 décembre 1799, Bonaparte proclamait la liberté des cultes et des arrêtés rouvrirent aux catholiques les églises qui n’avaient pas été aliénées. En outre, l’article 72 de la loi du 18  germinal an X (8 avril 1802) précisait : « les presbytères et les jardins attenants, non aliénés, seront rendus aux curés et aux desservants des succursales »  ce qui était le cas pour la paroisse de Villedieu. En 1802, Mathurin Joubert, nommé curé de Villedieu, occupa le presbytère que l’abbé Combis avait quitté huit ans plus tôt. L’abbé Cointereau, resta vicaire de la paroisse. En 1809, il fut nommé curé et s’installa alors au presbytère.  

Alain Chemin

 

[1]
                        [1] Registres paroissiaux de Villedieu - A.D. 41, 4 E 279/3,  vue 183/296 - 21 janvier 1759.

[2]
                        [2] Abbé Brisset, La famille Leclerc de Villedieu en Beauce, SAV 1914, page 218.

[3]
                        [3] Abbé Brisset, , La famille Leclerc de Villedieu en Beauce  SAV 1914, page 249.

[4]
                        [4] Registres paroissiaux de Villedieu, archives départementales 41, vue 9/321.

[5]
                        [5] René Charles Moreau 1747-1818, notaire royal à Villedieu  et père de Vincent René Moreau.

[6]
                        [6] Vincent René Moreau. 1779-1851 : Notes rédigées pendant l’été 1843. Manuscrit, page 151.

[7]
                        [7] Abbé Brisset, SAV 1914, page 250.

[8]
                        [8] A.D.41 Registre paroissial de Villedieu, 4 E 279/5, vue 200 sur 321.

[9]
                        [9] Abbé Brissset  SAV 1916, page 43.

[10]
                        [10] «J’ai fait abdication de mes fonctions et remis mes lettres de créances » peut-on lire dans la rétractation de l’abbé Cointereau faite le 30 janvier 1795. Archives diocésaines du Mans.

[11]
                        [11] ICharles Girault Le clergé sarthois face au serment constitutionnel, page 55. Imprimerie Madiot, Laval 1959.

[12]
                        [12] Archives diocésaines du Mans.

[13]
                        [13] Jean Lepart, Les bouleversements de la Révolution, in Histoire religieuse du Maine sous la direction de Guy-Marie Oury, page200.

[14]
                        [14] Abbé Brisset, SAV, Bulletin 1917, page 73.

[15]
                        [15] Minutes notariales de  René Charles Moreau : « vente de la propriété du citoyen René Combis au citoyen Boullay, 27 floréal an sept » -10 mai 1799.

[16]
                        [16] Abbé Brisset, SAV 1917, page 88.

[17]
                        [17] Source : Ch. Girault, A.D. de la Sarthe, 2 J 40.

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Publié par: Sabine et Xavier Campion

Date de dernière modification de cette page: 07/04/2020


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